Little Flamingos

From Doha with… #1

 

Je gare la voiture sur le trottoir à quelques mètres de l’école, on a reçu un mail hier pour nous demander de ne pas le faire, de montrer l’exemple à nos enfants. Ils sont marrants avec leur 10 places de parkings pour 180 élèves. La double-file est interdite et les 39 degrés de ce dimanche matin me donnent des sueurs tandis que je décroche le maxi-cosi de la voiture.

Au Qatar la semaine commence le dimanche, c’est curieux pour les gens comme nous qui aimaient traîner en pyjama pour honorer la fin de semaine et se donner une dose de courage pour attaquer le lundi. Rester sous un plaid en attendant les madeleines fumantes sorties du four, c’est dorénavant au programme le vendredi, jour de repos. Le week-end se termine en toute bizarrerie le samedi par les courses et autres sorties en famille.

Ce matin je suis dehors à 7h pétante pour emmener Hanaé à l’école. Le trafic risque d’être sympa. Nous habitons tout au bout de Doha, capitale du Qatar et presque seule ville de ce pays principalement fait de sable et d’air chaud. Un quartier qui porte un joli nom: The Pearl, en l’honneur du commerce de la perle qui a fait la richesse du pays à une époque et a laissé sa place au pétrole et au gaz, plus rentables mais nettement moins poétiques que la pêche à la perle.

fb_img_1450197587550Le Pearl, petit archipel d’îles artificielles est sorti de l’eau il y a environ 5 ans. Un des rares endroits un peu vert, où l’on peut flâner le long d’une marina, laisser les enfants faire de la trottinette ou encore aller à la plage quand ce n’est pas la saison des méduses. Ce petit coin de « paradis », relié à la vraie terre ferme par une seule et unique route à deux bandes a attiré l’UCI pour y organiser le championnat du MONDE!! de cyclisme sur route.

Pour moi le cyclisme c’est le tour de France, le col du Galibier, des coureurs qui n’en peuvent plus de grimper. Le Pearl plat avec ses 15 kilomètres à tout casser vraiment, je n’ai pas compris.

Gros event ici, les 1500 cyclistes sont déjà là, ils s’entraînent, les gradins sont installés, les barrières nadar aussi et le trafic, pour le moment diverted, sera à partir de samedi…bloqué. Tous les expat ont fait des yeux ronds en lisant une note dans les ascenseurs il y a quelques semaines: la route qui mène au Pearl sera tout simplement fermée de 7h du matin à 18h en moyenne. Comment va-ton se rendre au boulot, à l’école? Et qu’espérer de la réouverture de la route le soir quand des milliers d’habitants vont se diriger vers la sortie et assaillir les supermarchés des environs? La question est sur toute les lèvres depuis une semaine. Les perlois comme les expats français aiment les appeler, se sont réveillés il a 3 jours en voyant les installations prendre place dehors. Alors comme ça ce n’était pas une blague? Les championnats ne sont donc pas annulés, on avait pourtant parlé de ça pour le foot en 2022, non? Il ne fait pas juste trop mourant de chaud pour nos pauvres petits cyclistes?  (BTW, la délégation belge sera présente en masse, oui on aime le vélo par chez nous).

Bref, c’est pourquoi j’ai du me mettre en route plus tôt ce matin, ils font des essais de déviations au Pearl. Suite aux bons conseils d’autres mamans, je décide finalement de faire le test et de laisser Emi dans la voiture. Autre bizarrerie, tout le monde fait ça ici: laisser les nourrissons dans la voiture. L’air est si moche en ce moment, le climat si chaud, les mamans trouvent ça normal. Et puis Ragou et Banou, les deux gardes indiens de l’école qui font la circulation veillent… J’ai eu peine à expliquer à une maman – je lui faisais sans doute pitié avec mon maxi-cosi sous le bras et mon front luisant – que ben si, chez nous on pique les voitures si on les laisses moteur tournant et le bébé avec!

Ce n’est donc pas sans une pointe d’angoisse que je me dirige avec Hanaé par la main vers l’entrée du sas où on se sépare d’habitude tout tranquillement. Elle doit sentir mon angoisse et s’agite. Je lui enlève exceptionnellement ses chaussures moi-même pour gagner de précieuses minutes (à l’heure qu’il est Emi est quand même en train de se faire potentiellement enlever). Je lui enfile ses Crocs roses, faisant fi d’un autre mail reçu de la directrice – on en reçoit approximativement toutes les 6 heures – nous demandant de ne pas les aider à le faire, l’autonomie, Montessori, tout ça. Au moment de partir, Hanaé se jette par terre en hurlant, j’essaie de la soulever pour la donner à l’assistante maternelle mais elle s’est transformée en gros flamby qui se débat. Tandis que des hurlements qui ressemblent à des supplices me valent des regards en coin d’autres parents, l’assistante parvient à emmener Hanaé et moi je m’enfuis. Si je reste ce sera pire.

J’essaye de ne pas courir en traversant la petite cour de l’école pour rejoindre la voiture et mon pas rapide est interrompu par un tapotement sur l’épaule. La directrice, encore elle. Elle me demande ce qu’il se passe. Je prends un air très confiant, « you know blabla..not a big deal…she’s fine… » je ne sais pas comment on dit caprice en anglais. Je pense m’en tirer comme ça mais elle me fait remarquer que je ne travaille pas et que mon rôle est de rester auprès de ma fille, pour quand même m’assurer qu’elle va bien. Elle ajoute: « that’s a minimum. » Bim. In your face.

Elle me propose d’aller chercher mon bébé dans la voiture et d’être plus zen la prochaine fois. Voilà comment je me retrouve comme une écolière sur le banc du petit sas, le maxi-cosi à mes pieds, retenant mes larmes tandis que j’entends Hanaé qui éclate de rire dans la pièce d’à côté.

Je rentre chez moi, ouvre mon ordi. Mes copines qui habitent en dehors du Pearl m’envoient des offres d’hôtels situés dans le centres et dont les promotions pour des nuitées à -50% ont été intitulées: « Pour vous, les réfugiés du Pearl pendant les championnats du monde de cyclisme ». Je me sers un thé et l’envie me prend d’écrire sur mes anecdotes au Qatar. Ca fait toujours du bien d’écrire. Je ris de mes péripéties et je peste sur la directrice. Je cherche dans mon dictionnaire le mot « caprice ».

Isabelle Fillozat me tuerait.

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Une réflexion au sujet de « From Doha with… #1 »

  1. ah ah merci pour tes aventures! J’ai ri, pas de toi mais de ces situations rocambolesques dans lesquelles on se retrouve… Je me suis fait (gentiment) dire hier de parler à ma fille qui fait ch*** les amis pendant la sieste, et une amie maman a eu droit à « la discipline est le plus beau que vous puissiez le faire. »

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